Analyse - Pourquoi la Pilule rouge est un modèle

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Message par Admin le Mar 9 Avr - 3:50

Analyse - Pourquoi la Pilule rouge est un modèle

Intro : “Chanteur, rappeur, en fin de compte y a pas de diff ?”

Nous y voilà. Après la sortie de la Ceinture Noire, nombre d’avis différés ont assez vite débouler sur les fils de commentaires, les réseaux sociaux, les topics de la Terres du Milieu. Si j’ai créé ce forum, 9eme-zone, c’était à l’époque, à la base, dans deux buts précis :

1.Donner un lieu de discussion et de débat pour les fans, connaisseurs, des multiples talents ayant poussés dans le pré carré du Wati B. Parler, bien sûr, de Sexion d’Assaut, son entourage, et pourquoi pas, d’autres rappeurs ?


Oui j’ai bien dit rappeurs, et non pas d’autres chanteurs. Car, il convient de le rappeler, notre sujet-cible a un rapport conflictuel avec le monde de la musique. Après des années de galères, suivi d’une explosion avec leurs deux premiers (et jusqu’à aujourd’hui, seuls) albums qu’était l’École des Points Vitaux et l’Apogée, les membres de la Sexion ont petit à petit vu leur image se défiler entre leurs doigts. L’objectif était simple, pourtant : Faire ce qu’ils faisaient de mieux, tout en s’ouvrant légèrement sur la musique française au sens plus large. Le carton de “Désolé” n’avait pas laissé prévoire le coup. C’était pour ainsi dire le bordel : Gagnant une double récompense fortement médiatisé pour leur Album et pour le sons “Avant qu’elle parte”, la majorité de leur jeunes fans ont commencé à mettre en avant divers de leurs sons les plus chantant, Africain, Wati House, et, loin de comprendre le potentiel que laissait entrevoir un groupe aux aspirations très diverses, les ont plus ou moins résumé à une sorte de boy’z band.

Lors d’un interview Rapelite, la semaine suivant la sortie de l’Apogée, un conflit semblait déjà exister au sein de la fanbase. Comme si la Sexion avait déjà été salis par un supposé manque de scrupule, on pouvait déjà dénicher ici et là de nombreux “puristes” auto-proclamés à “regretter le passé”, à boucher irrémédiablement leurs oreilles sur tous les couplets Rap de l’Apogée pour hurler à la trahison. La frustration de ceux-ci devait continuer lors de la division du groupe (temporaire selon leur dire) et la sortie en 2013 du premier opus conçu par un membre solo : Maître Gims. Expert en mélodie entraînante et en refrain restant dans la tête, il ne s’en était à l’époque pas si mal sorti, laissant une petite place pour le Rap et un plus grand espace pour des morceaux comme “J’me tire”, “Bella”, et bien d’autres, au milieu de morceaux musicalement plus recherchés. Subliminal fut un succès, et bien au-delà des attentes de Gims lui-même. Ce succès, surtout en comparaison des sorties des solo suivants, a souvent amené à penser que ces ventes reflétaient le véritable, le seul talent de Maître Gims.

Le cas Gims

Or, aujourd’hui encore il convient de se poser la question : Gims, est-il un artiste solo dans l’âme, qui, après avoir tiré dans la lumière cette bande de boulets qu’était la Sexion, a fini par pouvoir déployer ses propres ailes de stars ? Une telle théorie amènerait irrémédiablement à penser que la Sexion en tant que tel est un groupe bidon, pas particulièrement talentueux ni très vendeur, mais un parfait tremplin pour la carrière solo d’un chanteur venu de la France d’en-bas, à la façon de certaines émissions télé-crochets où les voix de casseroles sont brassés jusqu’à ce qu’en sorte une perle. Et cette théorie serait prouvé par le nombre de vente, au final, seuls juges légitimes. Black M a eut son instant de gloire, qui a periclité dès son deuxième album. Maska a lamentablement échoué à se faire un nom. l’EP de Jr et Doomams, annoncé depuis des années, et tombé avec une franche rapidité dans l’oubli. Barack Adama, tardif, avec un concept de mixtape en 3 saisons, et son départ de la maison-mère, vend moins que certains petits nouveau. Quant à Lefa, après avoir pris le luxe de s’absenter trois longues années, et s’il a pu prétendre à un disque d’or, a vu le sentier de la gloire s’assombrir, et s’éteindre à partir de son deuxième projet, et ce malgré toutes les meilleurs intentions du monde (et que valent en pièces sonnantes et trébuchantes les succès d’estime ?), à cause d’une fanbase ne sachant pas ce qu’elle veut, ou dont les désirs n’avaient rien de faisable en 2017. Il peut se démener, rien à faire : On naît star ou on ne l’est pas : Maître Gims, fort de sa pile ridiculement grosse d’or et de platines (voir de diamants) en est la preuve.

Oh oui, nombreux sont ceux à postuler un tel avis. Et ce n’est pas une surprise de constater qu’il émane de la fanbase du solo Gims, et, au sein de celle-ci, la fraction la plus nombreuse. La plus molle, la plus récente, celle qui l’écoute pour se trémousser, et sans aucun doute celle qui le critique également le plus. Que dire à un LinkTheSun acharné à nous démontrer que ledit Gims n’a aucun talent d’écrivain en décortiquant Bella lorsqu’un VQ2PQ ou un “La Chute” l'attendait au tournant, à peine quelques tracks plus loin dans le même album  ? Que dire de ceux qui écoute Melynda Gates en postulant que Gims n’est pas rappeur et qu’ils préfèrent “Est-ce que tu m’aimes” ? Tel sont les consommateurs, “neutre”, “objectif”, “musicalement ouverts”. Ne connaissant pas Gims avant qu’il n’apparaisse en tendance ou en top 50, et prompt à l’oublier lorsque ce ne sera plus le cas. Des fans clients, mais ignares dans les faits, bavant sur les charts, influençable - je postule, sans mépris, l’idée qu’ils n’ont de goût musicaux que ceux du plus grand nombre. On l’a tous été à un moment ou à un autre : On naît tous dans l’ignorance. La différence se situe là où certains persistent à le rester.

Un connaisseur, ayant une vue plus objectif de tout ce merdier, réfutera assez rapidement cette idée du Gims-superstar-d’une-sexion-bidon. Il reconnaîtra sans nul doute les talents de Gims, mais saura également que la Sexion a percé sous la forme d’un groupe, qu’un Gims seul aurait été très largement insuffisant sans les différents éléments de la Sexion, donnant pour tout les goûts, pour toutes les représentations, mais scandant d’une voix commune les syllabes de leur nom. Gims seul n’aurait jamais eut accès à ce réseau, à ces nombreuses connaissances, studio, chef de label. Gims était un nom parmi huit autre, et c’est dans cet ensemble qu’il a pu démontrer sa particularité musicale, tout en restant fixé dans le domaine du Rap. En 2013, c’est, porté par le succès d’une Sexion d’Assaut dont la marque de fabrique étant déjà présente, qu’il a explosé, que son travail a payé là où d’autres se seraient cassés la figure. Vu les dates de conception de très nombreux morceaux, le nombre de conseil, de séances studio commune avec les autres membres de la Sexion dont Gims parle dans certains interview et commentary, j’irais même jusqu’à dire que Subliminal est un projet DE la Sexion, fondé AU SEIN de la Sexion, sous la bannière de “Maître Gims”. Ce qui a été étayé par AD lors de son interview dans l’émission de Driver.

Un connaisseur saura reconnaître les bons morceaux des jetables, et saura au moins développer le pourquoi du comment. Il écoutera les sons et tentera de se formuler un avis sans demander celui “d’influenceurs” soi-disant plus apte à en former pour lui. Il tentera d’interpréter les morceaux selon ce qui lui plaît et qu’importe les dogmatiques Rap Genius et leurs commentateur bavards pour ne rien dire. Il saura déchiffrer la comm, les interviews, afin d’avoir les connaissances nécessaire pour enfin se sentir légitime en parlant de Rap français. C’est le premier objectif de la Terre du Milieu, nom choisi attentivement est dans ce but précis justement. Car la IXème zone est ce qui nous a donné le matériel de base à la connaissance de la Sexion.

Au fond, le deuxième but du forum 9eme-zone est, à l’origine, celui de militer un retour au Rap de la Sexion d’Assaut. Dans un monde du Rap français facilement amnésique, personne ne va en effet faire ce que nous faisons ici. Qu’importe l’époque depuis laquelle vous suivez ces artistes, cela pourrait même être très tardif : Si vous écrivez ou lisez sur ce forum, c’est que ce qu’ils ont produit vous ont heurté, à un moment où à un autre. Moi c’était “T’es bête ou quoi” sortit il y a maintenant presque 10 ans, affiché sur l’écran d’un vieux PC.

Ce qu’ils ont produit vous a suffisamment intéressé pour en demander plus. Si vous êtes ici il y a bien peu de chance que vous soyez des auditeurs “neutre”, “objectif” car vous entretenez des souvenirs, et une histoire derrière vous. Et les morceaux de la Sexion accrochant le plus les oreilles des auditeurs que vous étiez étant ce qu’ils ont fait dans le domaine du Rap, quitte à vous retaper une enième fois le Renouveau ou les Chroniques, boum, ce forum se met à exister, et même à vivre.

Cette entrée en matière me permet donc de clamer haut et fort qu’ici, à aucun endroit, à aucun moment, vous ne trouverez de la neutralité, de l’objectivité réel. D’abord parce que l’objectivité est une chimère, mais surtout parce qu’en tant que connaisseur je me dois de dire que ce qui m’intéresse ici est le Rap. On a pas ici d’experts musicaux déclarés capable de nous parler de gamme, de tons, de style avec emphase et entrain, d’accompagnement, etc. Ce qui est normal vu qu’il n’aurait pas sa place ici.

Ici on juge le TEXTE. Oui. Le Flow. La façon dont la prod semble se lier aux paroles, et paradoxalement être teinté par celles-ci, l’organisation des thèmes, voir des messages, dans le morceau, l’organisation des morceaux dans un album, ou un autre type de projet, la façon dont ces projets se succède, pour ensuite former la musicographie des différents artistes de la Sexion. On débat, si ces choix sont judicieux ou non, on peut défendre des points de vue divergents. Parfois même, on peut développer dans la plus pure des subjectivité (lors de l’établissement de top 5). Le forum n’a pas vocation à parler, au-delà de ça, de musique. Étant un domaine plus complexe, mais surtout différent et sur lequel la subjectivité s’exprime toujours au détriment des arguments vraiment solide. On le fait lorsqu’on y est forcé (et généralement c’est le cas avec Maître Gims) mais c’est clairement pas trop notre tasse de thé. Cela ne signifie pas pour autant qu’aucun d’entre nous n’apprécie la chanson, c’est juste que ce forum, ici, s’y prête plutôt mal. Et c’est sans doute là que réside le danger.

Dum dum dum, le DANGER.

On peut dire que l’activité de ce forum sera quasiment buggué le jour où nos artistes décide de se lancer à corps perdu dans la Zumba creuse, vraiment creuse. Là il faudra faire un autre forum, et celui-ci, à part à accueillir des plaintes et des avis post-it, sera forcé de vieillir sous le poid du “c’était mieux avant”. D’ailleurs on le constate à tort et à travers avec deux des derniers projets sortit en date, celui de Black M, Eternel Insatisfait (2016, je parle de la première édition) et de Maître Gims, La Ceinture Noire (2018).

Ces deux projets posent problème, d’une certaine façon, puisqu’étant des objets particulièrement… hum, “musicaux”, ils sont, et restent (les messages, mes, et nos tentatives de critiques, et nos tentatives de débats le prouvent) imperméable à la critique. La musique présente ici, depuis “Kirikou” jusqu’à “Tu ne me vois pas” sont très en phase avec leur époque, sans doute, sont très écoutable, très certainement, et je ne me permettrais jamais de juger vos goûts et vos couleurs si vous vous réveillez tous les matins au sons de “French Kiss” (du moins je tenterais !). Moi je me réveille au sons de “Contradiction” (MCAR), et quelque part… bah, le titre parle de lui-même quoi. Je vais vous donner un simple exemple, qui illustre parfaitement ce sur quoi je veux pointer le doigt. Ces quotes ont été prise dans les différentes critiques au sujet du morceau Fuegolando, et dans la version qu’était la leur le 12.04.2018  :

Version d’Admin :
Commençons par parler du surprenant “Fuegolando”. La mélodie me rappelle quelque chose (sans que j’arrive à déterminer quoi). Il est représentatif de ces quelques sons qui donnent parfois l’impression que Gims pensait en terme de Rap et a fait une chanson. Le résultat est acide est bien construit, entraînant, il distille selon moi une atmosphère noire et confuse, qui se prête bien à la vision que l'on se fait de un Gims plus honnête.

Version de Neil :
Fuegolando, vous aurez aussi deviné avant d'écouter qu'au vu du nom de la tournée on aura droit à un festif et/ou scénique. C'est bel et bien le cas, un son dansant plutôt innovant dans le cas de Gims (uniquement, sinon pas du tout) avec un beat "déhanché" et une touche de légèreté. (...) Pour ma part je ne trouve aucune saveur à Fuegolando. Le son n'est pas particulièrement entraînant et puis franchement il n'y a aucune classe dans ce qui est dit et dans la manière dont c'est dit. "Audemard, Piguet, j'sais qu't'es piqué,
Elles ne veulent pas d'un loser" mouais bof. Bon mehlich, c'est le début de l'album et j'attendais pas grand chose de ce titre là. Mes grosses déceptions viendront plus tard vous en faites pas.

Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire ? Les deux critiques sont totalement valable, et représente les avis de ceux qui les ont écrites. Celle de Neil a même le sw4g d’être bien plus détaillé et précise. Mais, l’un comme l’autre parle de choses très différente. Lorsqu’Admin (c’est moi !), parle de ce “surprenant” son, il parle de construction du morceau, avant de lui donner une sorte de teinte, à savoir l’acidité (terme flou), avant de parler d’atmosphère. Ces critères sont ceux jugés valable par Admin pour mettre ce sons dans la catégorie de ceux qu’il trouve bien. Alors que, de son côté, Neil, parle du beat. Le “manque de saveur” répond à l’acidité conclu par le premier avis. Il parle enfin de la classe de ce qui est dit. Enfin, Neil dit en substance deux autre chose, il parle de la fonction du titre (titre qu’il considère festif/scénique) et de son attente vis-à-vis de ce morceau, qui tempère son avis final.

Surprenant, acide, “beat déhanché”, touche de légèreté, sans saveur, classe, etc. Sorti des critères tel que les paroles, le type de beat (et lorsque le nom de ce type renvoi à quelque chose de précis, ce qui peut ne pas être le cas vu la largeur des gammes possible), tout est finalement le produit de petite touche, des adjectifs, censé livrer de façon impressionniste le sentiment global du critique lors de l’écoute de la chanson. Et quelque part c’est du vent ; Non parce que les critiques ne sont pas capable d’arriver au bout de cet exercice, mais bien parce que les critères même sur lesquels sont jugés les chansons sont totalement flottants. À l’inverse d’un sons Rap, qui s’il peut être interprété de mille façons, va obliger tout le monde à utiliser les mêmes outils (flow, thème, référence, qualité du sons et figure de style éventuelle, ton, qualité de collaboration si s’en est une). Nos références en termes de Rap nous permettent de situer les artistes de la Sexion lorsqu’ils se mettent (ou se remettent) à kicker, les inspirations, influences apparaissent de façon généralement claire, ou peuvent amener à des controverses faisant SENS, et pas seulement CONFLIT.

On peut tout à fait clamer que les chansons de Black M ou de Maître Gims sont également constitué de paroles, et que de ce fait les mêmes outils peuvent être utilisés. Si dans certains cas bien précis la question peut en effet se poser (notamment dans certains sons issu de Subliminal/la Face caché, ou des Yeux Plus Gros que Le Monde, passé 2014, il devient de plus en plus difficile de traiter de ce genre de cas, tant les mêmes sujets viennent et reviennent encore et encore. À ce stade, les morceaux sont des déclinaisons, des nuance autour d’un thème ou d’une teinte unique.

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La pilule bleu de MCAR est dans ce domaine un cas d’école, mais n’atteint très certainement pas l'extrémisme de la Ceinture Noire. Essayons de faire la distinction entre “Entre nous c’est mort”, “Tu reviendras”, “T’es parti”, “Bonita”... il est vite claire que le sujet en question ne se prête pas à l’analyse tant les outils dont on dispose sont mal adapté pour ne pas tomber dans le total avis post-it, le fameux “J’aime/J’aime pas”. Cela a aussi rapport avec la façon dont les artistes conçoivent leur musique. Le premier exercice pour Gims, et ce dans n’importe quelle musique qu’il fait, et de trouver les accords qui amène à un semblant de mélodie, autour de laquelle il va chercher, en restant ou non dans la même voix, à placer dessus sa voix pour l’accompagner. De cet exercice naît le “Yaourt” dans lequel il va bien falloir écrire quelque chose. Le texte est à ce point un détail que, si l’artiste s’en fout, c’est pareil pour l’auditeur. Voyez, le passage de Sapé comme Jamais, tout le monde entonne, même à la télévision. Et pourtant :

On casse ta porte, c'est la Gestapo

C’est pas important, le texte. Prenons un autre exemple, un sons qui devait figurer sur la pilule rouge dénommé “Fuck Ramses” (après avoir été pressenti pour devenir un “Ceci n’est pas un clip”) :

Tu bougerais tout autant si j'disais : "Chiki chik ban ban"

Et c’est pour cela que des morceaux comme “Oulala” peuvent devenir par moment totalement incompréhensible sans pour autant en devenir inaudible. Voilà pourquoi Gims peut se mettre à chanter en anglais (et non pas à rapper). Voilà pourquoi Mi Gna, pour incompréhensible que soit ces paroles en anglo-arménien pour leur majeur partie, est un single d’or en France. J’attends encore qu’on puisse me démontrer le contraire. Dans un sons où la mélodie prime, le texte est décoratif, et ne fait appel à rien, si ce n’est aux limites des couplets. Les mots doivent rentrer dans les temps et ils n’ont pas d’autres fonctions.

Gims, plus qu’aucun autre, a COMPRIS ce mécanisme, et ça ne doit pas dater d’hier d’ailleurs. Mais ce n’est que récemment qu’il a décidé que la composition musicale devait prendre la majorité de son temps désormais, et par extension, la majorité de ses oeuvres, depuis MCAR.

Le cas de la Pilule bleu

Après ces petits rappels sous la forme d’une introduction, on peut recouper les sujets et aller vers le cas particulier que représente la Pilule bleu. Ce qui m’a surpris, et là je parle à titre personnel, c’est… à quel point j’ai totalement oublié ces morceaux. Regardant la tracklist, j’étais totalement incapable de me souvenir derrière quel titre se trouvait quel mélodie. Des titres comme Laissez Passer ou Number One, que j’avais pourtant apprécié dans un premier temps et souvent ré-écouté, ne m’évoquaient plus rien. En revanche je me souvenais très bien du thème commun de ces textes, (ou disons de plus de la moitié des sons présent dedans, l’autre moitié étant constitué de sons plus festifs, à l’exception des réflexif “Contradiction” et “Sans rétro” qui restent plus sauvables), à savoir les histoires d’amourettes.

Après le dépressif-amer-et-secrètement-suicidaire-Subliminal, on peut dire que la pilule bleu faisait quand même acte de plus de légèreté, et d’un renfermement quasi-totale sur la propre petite personne de l’artiste. Gims parlait de lui globalement, de son statut d’artiste, de SES amours, de ses déceptions etc. (et plus tard, dans la Ceinture Noire, cette façon de remplir ses mélodie avec des sujets égocentré, se fera de plus en plus et là je juge les textes, mais on y est pas encore).

Mais mais mais. Ici, cette façon de procéder pouvait encore être considéré comme valable ici à cause de la façon dont le projet avait été pensé.

Pourquoi la Pilule rouge est un modèle, première raison : Doté d’un principe structurant efficace

Aucun artiste ne vient en disant de base : “Ce que je chante tiens de la fabulation. C’est un mensonge”. Sauf si chaque musique prenait ce concept au troisième degré (ce que ne font pas les sons de la pilule bleu), cela n’aurait pas de sens. La prétention à un mensonge n’existe que dans le cas où une vérité autre peut exister. C’est un lien logique tout bête. Artistiquement parlant, le VRAI peut exister sans le FAUX (généralement c’est le cas de 99% de ce qui se fait dans l’industrie musicale), mais le FAUX ne trouverait de sens qu’avec la présence d’un VRAI pour le contrebalancer. Je vous sens perplexe. Revenons un peu au matériau de base, l’espace d’un instant.

Cette histoire de pilule rouge (VRAI) et bleu (FAUX) n’a pas germé dans l’esprit de Gims lui-même et là je pense que vous le savez déjà : Elle vient du film de science-fiction des frères Wachowski, “Matrix”.

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Le principe fondateur de “Matrix” est la “Matrice” qui donne son nom au film. Néo, à savoir le protagoniste principal, vit justement dans cette réalité virtuelle qu’est la Matrice, jusqu’au jour où Morpheus, le chauve, là, avec ces deux pilules, ne le tire de ce joli rêve. Matrix est une fiction, imaginons donc deux seconde ce qui se serait passé si Néo avait pris la pilule bleue. Il aurait continué sa vie de tout les jours et aurait en réalité pris Morpheus pour rien d’autre qu’un affabulateur, un Marabout ayant sans doute l’intention de le tromper. Et continuant ainsi sa petite vie métro-boulot-dodo, il n’aurait jamais remis en compte la réalité dans laquelle il vit. Et donc, Matrix n’aurait jamais eut de raison d’être, au vu de son scénario sans intérêt.

Voilà ce qui à mon avis démontre sans peine que le principe de la pilule rouge est au centre du concept des deux pilules. C’est la vérité révélé auquelle elle donne accès qui donnera toute sa personnalité à l’oeuvre. D’ailleurs, le concept de pilule rouge a été utilisé dans de nombreux combat politiques, ici dans le cadre de la lutte dite “féministe” :

Analyse - Pourquoi la Pilule rouge est un modèle 2011-10-08

Une fois la red pill avalé, l’héroïne ne peut plus ne plus voir le “système patriarcale”, la “hiérarchisation” et la “différentiation institutionnalisé des sexes”… Bref, la vérité (ou du moins celle de cette lutte politique) lui est révélé. La pilule rouge laisse ainsi toujours entendre l’idée d’un mensonge et d’une vérité révélée. Nombreux sont d’ailleurs les “théoriciens du complot” à l’utiliser à leur tour, aux mêmes fins, car la métaphore est pour ainsi dire sacrément efficace. Have you been redpilled ? A l’heure actuelle, on peut trouver absoluement tout derrière cette problématique, utilisant ces symboliques.

Spoiler:
Notamment pas mal de trucs plutôt chelou, en rapport avec les ufo, les groupes pharmaceutiques, le “nouvel ordre mondial”, le CFR, Bilderberg, la trilatérale… (nldr : Là je vous laisse explorer si ces belles histoires vous parle, moi je trouve ça répétitif, gonflant et, ouais, presque banale sur internet) Rien qu’un petite recherche de “Have you been redpilled” sur google image vous donnera de la lecture !


Alors certes, le processus consiste à te dire que la vérité existe, donc qu’elle peut s’imposer de façon matériel, est n’est qu’un outil réthorique. Néanmoins, vu le poid que prend l’astuce, on peut facilement conclure que la pilule bleu doit son existence à la pilule rouge, qui demeure la notion-clé dans ce concept. D’une certaine manière, bien que le succès des sons de la pilule bleu aient été incroyablement plus grand que ceux de la rouge, le coeur du principe de division de MCAR réside dans la seconde. Et c’est là toute l’efficacité du truc. Gims sous-entend que les “auditeurs objectifs et musicalement ouverts”, les plus nombreux à consommer sa musique en réalité, vive dans le beau mensonge qu’il leur a concocté. Pendant que les “connaisseurs” plus rares ici-bas, n’écoutent pas sans savoir l’histoire qu’il y a derrière. Ces connaisseurs décortiqueront sans nul doute chacun des morceaux de la pilule rouge, voilà pourquoi un plus grand travail de réflexion est nécessaire pour en saisir les messages, et sans doute, seront-ils les seuls à comprendre le principe de division propre à MCAR, à arriver à la conclusion que 90% des auditeurs sont en réalité des vaches-à-lait victime d’un CD alimentaire là où les réels aspirations de Gims se trouverait sur ce petit CD rouge.

Ici sur ce forum, on a pas tant parlé que ça de la pilule rouge. On a eut vite tendance à dire “Ouais mais si Gims est censé dire la vérité dans la pilule rouge, bah il dénonce pas beaucoup” etc. Déjà c’est un peu vite dit (on aurait pas écouter le projet un peu vite, des fois ?) mais surtout, ce que nous dit la pilule rouge, ce n’est pas la vérité sur notre monde en général, mais la vérité sur l’artiste lui-même, un message adressé aux seuls connaisseurs (voir à ceux qui tendraient à le devenir). Au-delà de ce mécanisme efficace, Gims se permet de livrer un album, un 11-titres (en comptant l’intro) 100% Rap, qui n’a été un frein pour aucun des 900’000 auditeurs (https://fr.wikipedia.org/wiki/Discographie_de_Ma%C3%AEtre_Gims#Ventes) de MCAR.

La pilule rouge est donc en premier lieu un Modèle en soit : amenant à transformer un album simple en double, et à le diviser entre chanson et Rap, il permet aux auditeurs de passage tout autant qu’aux fans de Rap de se retrouver. C’est un Modèle en terme de structure, encore aujourd’hui, indéboulonnable à mes yeux.

Pourquoi la Pilule rouge est un modèle, deuxième raison : Son contenu.

Tout d’abord l’intro nous met tout de suite dans l’ambiance. Dawala fait le taff en faisant l’introduction, et surtout en balançant la phrase d'accroche principale : “On reprend tout depuis le début”, qui dès le début de l’écoute invalide absolument tout le contenu du CD 1 (car la pillule bleu est le premier CD, de toute évidence, dans la boîte, mais également dans les version dématérialisées). Des sons où Gims rap reviennent à nos oreilles et se rappellent à nos mémoire dans un long remix “fait main”, “L’Ogive nucléaire” (premier son du Renouveau), “T’es bête ou quoi” (premier son de l’écrasement de tête), - avant un passage discret de “22h45” et de ses bruits de culasse qu’on tire et retire. Transition sur le couplet de Gims dans Wati-bon son (histoire de nous montrer que Gims n’est pas que bon à scander les refrains), avant “Mon gars sûr” (de l’école des points vitaux), puis, cela passe à une phrase de Lefa tout droit sortit de “En direct de la lune” (sons bonus et très rap de l’Apogée). Ululement de Airhorn digne des plus vieille compil’ de Rap, et ça part sur le premier sons dont Gims déclare avoir conçu la prod, “À la mode de chez nous” (de l’écrasement de tête).

Bien qu’on suive à peu de chose près la suite chronologie de la musicologie de Gims, ce dernier retour en arrière, sur lequel s’amorce le premier véritable sons, ABCD, a pour effet de nous ramener loin en arrière. Le message et que Gims veut redémarrer depuis la toute première fois où un sons a été fait siens. Ce n’est pas le premier Rap qu’il fait, mais le premier qu’il a produit, semble être indicatif vis-à-vis de la façon dont on doit percevoir cet album (et là je parle de la pilule rouge en elle-même). Revenir sur cette prod (sur lequel s’enchaîne la suite, sans parole) c’est revenir à l’instant 0 dans la naissance d’un Gims artiste assumé, et ce n’est pas peu de choses.

Les paroles, phrases d’accroches choisies, ne sont pas totalement lié au hasard où à l’accident du monteur qui disait que ça sonnait bien. Quand on se concentre un peu, c’est ce qui apparaît clairement :


9ème zone, ici, ton flow passe pas (...) Pour nous, la concurrence dans le rap, c'est pas du tout un obstacle (...)

T'es bête ou quoi ?
Wati B porte l'étendard, stop, c'est trop tard
On ferme les portes et point barre(...)

Paris ,c'est Konoha(...)
Depuis "La Terre du Milieu", rien qu’ça kick(...)

Désolé pour les rappeurs si, cette année encore, on prend l'trône

C'est Paris Centre, cousin, y'a pas l'temps d'chanter : "Baby baby"
Ça sent les coups d'genou, la concurrence crie : "Mayday mayday"
75, la 9ème zone, c'est l'Wati-B, ouais, ouais, te-bê

Sortie un peu du contexte du remix, il apparaît clairement que le montage a ici été fait autour des morceaux connu de la Sexion d’Assaut et égotrip. Il fut d’ailleurs un temps (avant l’Apogée) où ils étaient d’ailleurs connu de la commu Rap francophone pour CES morceaux, c’est un fait. Par ailleurs, deux motifs apparaissent vite-aif : Celle de la concurrence, qui au premier abord n’est pas un obstacle, avant de se mettre à crier mayday (dans le déroulement de cette chanson), nous donne une vision éliptique de l’histoire de la Sexion et du succès qui est le leur, versé dans le Rap précisément, un Rap géographiquement situé vu le nombre de référence aux lieux réels (Paris-Centre, 75 etc.) et presque “imaginaires” (la 9ème zone et la Terre du Milieu, qui, s’ils décrivent les endroits où se trouvait la Sexion, est scandé comme le nom, l’étiquette d’une communauté d’artistes, se réclamant de certaines valeurs et d’une certaine vision du rap).
Un autre aspect qui touche à cette Intro, c’est la façon dont les sons sont montés (comme certaines version des chroniques du 75 volume 1, qui faisait beaucoup ça) :



Le but c’est de donner l’impression qu’on s’est remis à écouter, là, en 2015, une sorte de Mixtape de la seconde moitié des années 2000, qui est quand même le terrain d’origine de la Sexion, pour des raisons évidente de manque de pognon. Terrain d’origine qui est le premier lieu où a débuter leur renommée dans des cercles de plus en plus étendues dans le Rap francophone.

Bref, à la fois suite logique et nécessaire retour en arrière, la pilule rouge est présenté dans les termes les plus efficace.

ABCD, un titre percutant, car, bien que peu d’explication ait été trouvé, on peut l’interpréter comme LE nouveau départ de Gims, qui commence par l’A-B-C-D (les premières lettres de l’alphabet, qui indique ce début) et qui marque également le flow (AB, CD) flow qui va être, et nombreux le diront, au sons Git up de D12, le groupe dont fait partie Eminem depuis 1996.



Par ailleurs, Git Up est le premier sons, ouvrant ce qui serait le dernier album de D12, “D12 World”. Git Up commençant en ces termes d’Eminem :

10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1
Ready or not here we come, here comes trouble in the club

Qui peut se traduire par un décompte (de façon similaire au décompte alphabétique d’ABCD), avant que, prêt ou non, ils ne décident de venir foutre la merde dans le club.

Maître Gims est un fan d’Eminem de longue date (presque autant que Black M et son Black Shady), faisant de nombreuses références à l’intérieur de ses morceaux, et surtout, en reprenant, au même titre que G-Unit, son flow en de nombreuses occasions (peut-être même est-ce Eminem qui a introduit l’idée de mettre des flow ultrarapide dans son esprit). Eminem étant une réelle source d’inspiration, Gims le considére encore aujourd’hui comme “le plus grand”.

source : https://hiphopinfosfrance.com/maitre-gims-pour-moi-eminem-le-plus-grand/

Il est donc tout à fait logique qu’ABCD commence par-là. Premier sons de l’album rouge, Gims part de ses racines, de l’époque où il imitait les flows d’Eminem et prouve qu’il en est encore capable. Le titre est riche en références à d’anciens morceaux, est surtout, n’a pas de thèmes trop récurrent. Loin d’être centré intégralement sur sa petite personne, Gims décrit le monde qu’il voit, et glisse de nombreuses punchlines dont le sens peut être diversement comprises. Par exemple :

Quand tu sais tout c'que je sais, c'est dur d'aller s'faire vacciner

Qui selon moi peut parler bien sûr des peurs liés aux vaccins, mais aussi au fait qu’il est particulièrement difficile, lorsqu’on en sait autant, de ne pas chercher à en savoir plus, de se faire vacciner contre la vérité, cette maladie aux yeux d’une élite dirigeante, un “eux” qui va être un motif récurrent de la pilule rouge.

ou encore :

Sans vouloir t'offenser, c'est dur d'être un vrai Français

Qui fait moins appel au fait qu’il galère à avoir les papiers qu’au fait que, du point de vue de Gims et de son interlocuteur (son rhouya), en tant qu’hommes à le peau noire/homme musulman, obtenir la nationalité française ne changera rien à la différence que font les “français de souche” entre immigré et “vrai” français. Pour Gims il est à ce moment claire qu’on ne peut pas le “devenir” sans l’être de naissance.

Comme je l’ai expliqué plus avant, la “pilule rouge” qui a donné son nom au CD a de nos jours un lien essentiel avec le principe de “vérité révélé” de “complot” et de “mensonge”. Dans cet album, la révélation de la vérité est un motif récurrent et on aura a plusieurs reprise l’occasion de le constater. Mais à mon avis et au vu de l’éclairage donné par la sortie de la Ceinture Noire, la “vérité révélée” de la pilule rouge trouve tout son sens dans une autre explications - nous y reviendrons plus tard.

ABCD, titre avant tout démonstratif (technique), mais dont les punchlines présentant des thématiques très diverses, se finit sur des “Paris-centre, paris-centre” scandé sur fond de chant chorale. La prod donne l’impression que la réalité dans laquelle s’enfonce Meugi l’amène toujours plus loin, tout au fond du “terrier du lapin” comme pourrait le dire Morpheus, et il est donc tout à fait logique à ce stade que nous arrivions sur Melynda Gates.

Melynda Gates, donc. Par son titre, et la façon dont il démarre, se veut être une sorte de banger à l’américaine, dont le refrain tiens sur le nom d’une gonzesse friquée (c’est assez commun de nos jours). Or, le choix de Melynda (appelée en réalité Melinda, mais dont le nom a été changé, peut-être par soucis d’éviter des problèmes judiciaire) n’est de toute évidence pas un hasard. Il s’agit de la femme de Bill Gates, ex-patron de Microsoft connu pour la masse de thune qu’il a réussit à accumuler… Avant de décider d’utiliser tout ces fonds de façon “philantropique”, au travers de la Bill & Melynda Gates Foundation. sur le site (https://www.gatesfoundation.org/fr/)

Dans les pays en développement, nous concentrons nos efforts sur l’amélioration de la santé et du bien-être des populations, en aidant les personnes à s’arracher à la famine et à la pauvreté extrême.

Suit ensuite un bon paquet de promesse-miss-france listant les intentions de la fondation, éradiquer faim et maladies infectieuses, promouvoir l’éducation en construisant des écoles et être une source d’inspiration dans ce que beaucoup appelle le Tiers-monde, dans l’éternel discours philantropiste à l’américaine. Là où beaucoup peuvent voir dans cette naïf volonté d’aider les habitants des sous-développé en tartinant le terrain de fric (ce qui est une forme d’évasion fiscale pour un homme comme Gates, ayant lâché depuis des années les rênes de son entreprise), beaucoup de théories du complots laissent à croire que la fondation vise à réguler la population des pays d’afrique “pauvres” : On sort sur la table le fait que cette fondation cherche à stériliser les populations noires, à les forcer à acheter leur médicaments par des investissements amenant des OGM par tonnes avec l’accord de l’entreprise “Monsanto”, à les vacciner (ce qui se résume à les empoisonner du point de vue de ces mêmes complotistes/gens éveillés).



Alors bien évidemment, il serait inintéressant de donner nos avis là-dessus. Cependant si on prend un fait sorti d’un journal généraliste tel slate, les experts s’accordent à dire que la fondation Gates est devenu un incontournable dans le domaine de “L’humanitaire” et que comme dit cet article (http://www.slate.fr/story/102939/fondation-gates-sante) trouvé après une recherche au zob :

Selon eux, l’organisation cible avant tout le traitement des maladies infectieuses (sida, malaria) dans les pays riches plutôt que les maux endémiques des pays pauvres (obésité, cancers, etc.). De plus, il est reproché à la Gates Foundation de parer au plus pressé à travers l’utilisation massive de médicaments et de technologies sans chercher à renforcer les systèmes sanitaires et le maillage médical des pays en difficulté.

En résumé ? “Beaucoup de médicament, et peu d’infrastructures”. Je vous invite maintenant à regarder cette image, tiré du clip “Melynda Gates” avec lequel a été diffusé le sons :

Analyse - Pourquoi la Pilule rouge est un modèle LZCT148a

Qu’est-ce qu’on y voit ? un Maître Gims, non pas déguisé en dealer, mais bien en Nabab de la vente de médocs. Ses quantités et quantités de médicaments, ce sont les pilules rouges : L’idée est bien de les vendre (car après tout, cela résume symbolliquement ce qu’il essaye de faire en faisant ce clip : vendre des pilules rouges - je parle là du CD), de les répandre. Je n’irais pas jusqu’à dire que c’est pour guérir le “cancer de la raison” (celui cité dans -75°) mais dans tout les cas, de diffuser la vérité non plus pour un seul homme (tel Neo) mais à une beaucoup plus grande échelle. Ce marché étant conséquent, il va lui falloir des fonds pour le faire, voilà pourquoi, ironie du sort, c’est donc le nom de Melynda Gates qu’il va falloir mettre au dos du chèque. De cette façon, la pilule rouge pourra se répandre en masse, faisant un pied-de-nez aux “empoisonneur” de la fondation Gates, dénoncé dans cette musique-ci.

Gims n’a jamais donné l’explication exacte de ce morceau et je l’ai jamais trouvé nul part, pas même sur Rap Genius pour le coup. RG se base sur des interviews donné à Booska-P pour tenter de clarifier ce titre. Mais de toute évidence, quand on est à la place de Maître Gims, et sachant que là où il est il se foutrait pas mal dans la merde s’il tentait d’expliquer tout ça dans les médias (on lui collerait l’étiquette d’un “complotiste”, ce qui est mal vu dans les médias français) vous ne l’entendrez jamais l’expliquer à fond. Et pourtant tout est là, et sous le faisceau de l’analyse, ne demande qu’à ce qu’on y fasse la lumière.

Les frères muz', les frères qui font mumuse et ceux qui abusent
Sur l'Islam, ses préceptes ainsi qu'ses 73 sectes
Déposez les armes, ouais, je compte jusqu'à 47

Les frères muz’ sont ici les frères spirituels de Gims, qui est converti à l’islam. Il fait la distinction entre ceux-ci, ceux qui font “mumuse” (éloigné de la spiritualité) et “ceux qui abusent - sur l’Islam et ces préceptes, ainsi qu’ses 73 sectes” ce qui est dit ici est qu’une nouvelle catégorie a fait une apparition dans son paysage, à savoir les plus radicalisés. Si le terme des 73 sectes fait référence à la fois à une sourate du coran et aux nombre effectifs des “sectes” de l’islam, qui sont en réalité des groupes plus petits que les sunnites (on peut y trouver chiite, druze, etc. on va pas s’étendre...)

Analyse - Pourquoi la Pilule rouge est un modèle Arbre+de+l%27Islam


Gims leur dit de poser les armes, compter jusqu’à 47 lui permet d’enchaîner sur un jeu de mot “jusqu’à 47” - jusqu’Ak-47, le flingue soviet que tout le monde connaît ici. J’aimerai à cela rajouter quelques quotes :

T'es refaite ? Je t'aimerais avec un cœur en plastique
J'suis d'Paris, c'est toujours un peu Walking Dead à Bastille (...)
Le bédo ça rapporte mais l’héroïne l'a rendu has been
Anesthésie locale, c'est une opération
Ouais, ouais, j'ai plus d'inspiration que d'expiration

Inspirez, expirez. Anesthésie, opération, drogue assimilé à des médicaments (quand à Walking Dead il signifie que les parisiens occupant la place Bastille sont des “zombis”, à savoir des drogués) et coeurs en plastiques : Ce qui est remarquable n’est pas tant ce qui est dit par ce biais-là mais bel et bien le lexique médicale utilisé, fidèle au thème de départ.

C'est pas en CE2 qu't'apprends la rotte-ca du CO2
Réveille-toi, ils veulent interdire la fessée

Dans la même veine, Gims parle de la carotte du CO2. J’ai beau cherché, mais tout ce que je trouve ne peut que se révéler être en lien avec la fraude de la taxe carbone :

L'escroquerie consistait à acheter des quotas d'émission de CO2 hors taxe dans un pays étranger, avant de les revendre en France à un prix incluant la TVA, puis d'investir les fonds dans une nouvelle opération. La TVA, elle, n'était jamais reversée à l'État.


Fait peu connu des étudiants de CE2 à priori, mais le fait de parler de morveux prend tout son intérêt dans la ligne qui suit. “ILS” veulent interdire la fessée, la fessée étant vu ici comme un principe essentiel d’éducation (éducation, qui se réfère donc à un transfert de principe et de connaissance, en plus de mandale lorsqu’il s’agit d’être vraiment convaincant. Je pense vraiment que Gims essaye de nous dire ici qu’”ILS” veulent interdire la “réinformation”, ce “ILS” se rapportant à un ennemi dans la veine des Gates. Ceux-ci sont cité une dernière fois dans le couplet.

J'suis posé à leur table, sur leur main y'a plein d'sang

Gardez bien ce son en tête. On va y revenir (plus loin vers “La Main du Roi”).

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Message par Admin le Mar 9 Avr - 3:56

“Longue Vie” est, avec le recul, l’un des derniers sons les plus “Sexion” dans ce qu’il y avait de plus egotrip. Ce sons marque le retour de Lefa, et a été posté le jour de la publication de MCAR et de sa sortie en magasin : Il a donc été façonné pour être vendeur. Clip chatoyant, sons au premier degré. “Longue Vie” est souhaité à ceux qui “disparaissent dans l’ombre” - Longue vie signifie donc Retour, Lefa n’étant pas mort et étant là pour le démontrer, tout comme la Sexion d’Assaut en général.

“Angelina” est ce qu’on peut appeler un sorte de “Banger”. Non pas comme si Gims n’avait jamais essayé d’en faire, mais ici il y a clairement un côté assumé - le leitmotiv du sons étant le nom d’une meuf, “Angelina”. Premier featuring “rap” avec des artistes anglophone (le feat avec Pitbull sur Subliminal n’avait pas grand chose à voir), il est intéressant de noter l’extrême symétrie des couplets tant dans le flow que dans la façon d’exposer l’egotrip. Il y a quelques références etc. Mais le but principal du morceau est de faire la connexion avec des rappeurs anglophone, sur une prod modifié faites avec une mélodie faites à la bouche. Ce qui n’est pas non plus si nouveau en soi - de toute évidence encore un retour au source détourné.




Souvenir furtif d’une époque où Gims et ses acolyte était en tête des compilations telle “sans concession volume 2”, et avait pour principal argument de vente de “faire revenir le vrai peura” avant que ce mantra ne soit un délire de bobo à la schnekfeu et autres. Oui oui, je redis encore schnekfeu.

“Uzi” - un son qui a parmi les membres de ce forum une certaine valeur, même si le morceau est… Bizarre. À bien y regarder, Gims a bien un couplet, mais chanté, qui fera le lien avec le refrain, et laisse la place à Doomams et Jr O Chrome, sans même vraiment rapper. Les mesures font bien dans les 13/14 temps plein sans laisser de blanc - mais en foutant des snares trap.

Un morceau qui dans sa structure (et dans la fonction qu’y a pris Meugi) peut faire penser à un morceau de la Sexion, qui d’ailleurs n’aurait pas fait tache sur l’album de l’apogée. L’un des bon gros point du morceau est qu’il a une atmosphère, une atmosphère lourde mis en scène non seulement par la prod (utilisant des instruments afro détourné de leur usage premier comme pour retourner leur aspect festif) mais aussi par les propos. Nous est exposé un ensemble de situation de vie faisant référence à la rue, de femmes enceintes qui auront leur crack, de balles invisibles et de fantômes, de home jacking, de chaise électrique. Les textes font la par belle aux métaphores : “Sous les feux de la rampe tu veux juste que ça brille” (Gims) “on veut m’faire grailler d’la terre mais j’recrache que des roses” (Doomams),
“Casse des bouteilles, on plane, même sans kérosène, on clashe”.

Un autre bon point d’UZI c’est bien l’intelligence avec lequel le casting a été choisi. Rien n’aurait mieux sied à ce type de morceaux que les tons grave et désabusé de Jr et de Doomams (dont les deux dernière mesures font peut-être parti de ce que sa plume, crade au possible, a pu nous donner de meilleur). Bien entendu on est alors en 2015 : Jr et Dooms sont alors en plein milieu de la conception de leur album Vendetta, le ton choisi n’est pas sans rappeler le premier épisode de “Chambre Froide”. Gims surprend, sans doute à tort. On peut effectivement faire le lien entre le passage sur la junkie enceinte et les enfants de toxico de “Glock” dormant sur des “lits de seringues”. Ce déballage presque horrifique de ce qui est un lot quotidien de la France d’en-bas était parfaitement dans leurs cordes, et est révélateur, entre autre chose, de ce qui constitue le véritable rôle de la pilule rouge.

“Richard Mille” avec l’Insolent, encore un banger faisant référence pour le coup à une marque de montre. Même si le morceau a laissé pas mal de monde indifférent, je ne comprend pas pourquoi : Il n’a rien d’un bête égotrip comme avait pu l’être “Angelina”, a un véritable propos, transparent, et s’avère parfois assez technique dans son écriture, et en devient assez addictif. Et pourtant : Prison, désespoir et obscurité “illuminé par la cocaïne”. Y a également cette ligne un peu crade, mal comprise, sur les spermato :

“T'es mort dans le film l'expert sait exactement où les spermatozoïdes ont atterri”

Qui à mon avis fait beaucoup plus référence à l’affaire Strauss-Khan. Perdu d’avance, l’expert (de la police) a pu constater l’acte sexuel et a même pu déterminer le point de chute du sperme (ce qui pour le coup prouve, contrairement au rap à la “Ceinture Noire” que Gims peut sortir des punch dégueulasse sans pour autant être dans la vulgarité). L’affaire DSK, qui sera évoqué un peu plus tard dans le projet, a dans cette ligne un traitement qui n’est pas sans rappeler cette vanne de Dieudonné, dans son spectacle Foxtrot (2014) :



(Lien avec timing à 3:50), artiste qui a toujours été une source d’inspiration, historiquement, pour les rappeurs de la Sexion d’Assaut (Un topic, un jour, sur Sexion et la politique ?). On parle d’attentat (et de conversion à l’Islam de façon détournée), et du lynchage ayant entraîné la mort du dictateur libyen Mouammar Khadafi (lors de ce que l’on a appelé les printemps arabes). On parle à nouveau du “EUX” présent à plusieurs reprise dans les morceaux, via le “lobby des gens se croyant supérieur au norme et rusé” dont seulement 2% mourront sans verser une larme comme Hussayn” (oui oui, Hussayn comme l’imam Hussayn, et non pas Hussein comme Saddam Hussein).

Encore une fois, voici une punchline qui a été mal interprété par Rap Genius. Hussayn fait référence à l’imam Hussayn. Il s’agit d’un homme religieux et chef militaire, musulman chiite ayant vécu aux alentours de 680. Il est mort dans le massacre de Karbala, opposant les troupes chiites à un tyran du nom de Yazid, dans le territoire de l’actuel Arabie Saoudite. Sa mort est vu comme un sacrifice nécessaire pour sauver l’Islam de la destruction recherchée par le tyran Yazid. Le massacre de Karbala étant l’un des événements historique majeur pour les chiites - qui continue de pleurer le “martyr” Hussayn, ce qui est considéré comme une pratique religieuse ayant des vertus bénéfique selon certains Hadith chiite.

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Hussayn n’a donc pas versé une larme - mais, martyr, il a été pleuré, du fait de la valeur de ses actes. Ce qui ne sera donc de toute évidence pas le cas des pêcheurs dont parle Gims, qui n’ont d’ailleurs jamais pleuré que pour elle-même, “égoïstiquement”, le jeu des normes et la malice se retournant finalement contre eux - ils finissent par en payer le prix au jugement dernier. Une doule référence à Hussein (Saddam) n’est cependant pas à exclure totalement de l’éventail des possibilité d’interprétation : D’autant que Gims avait déjà fait référence au feu dictateur irakien dans le morceau “Longue Vie”.

Le deuxième couplet, celui de l’Insolent peut sembler à première vue hors-sujet. Mais comme tant de fois, il s’agit plutôt de la deuxième parti d’un narratif. Si Inso commence avec une référence à un acte sexuel exécuté les yeux bandés, de gros gamos, de flingue et de cocktail. Inso JOUE le rôle du personnage décrit précédemment par Gims dans le premier couplet.

Le morceau se finit bien entendu sur le leitmotiv du refrain “Richard Mille, lamborghini, voilà ce que les femmes veulent…” qui ne laisse aucune place au doute. Dans l’époque dans laquelle nous vivons les attentes que chacun fomente pour lui-même (et la direction que doit donc prendre sa vie) prend l’aspect d’un couloir infernal sans espoir de sortie. Un couloir d’autant plus efficace que ceux qui y sont condamné court (comme Inso) vers leur destin. À la fin, ce que les hommes et les femmes se veulent, finissent par devenir les attentes réciproque : On ne cherche à atteindre que ce que les autres veulent nous voir porter. Un morceau sombre, dans la compréhension est finalement plutôt corsée, un très bon morceau de la pilule rouge.

Qu’ajouter à la “Main du Roi”, qui n’ait pas déjà été dit ? Nombreux ont été effectivement ceux à pointer du doigt la spécificité de ce morceau, anormalement court (02:30), et effectivement, extrêmement chargés en image, comparaison, et référence. Pour le coup, l’analyse que nous en donne Rap Genius peuvent amplement suffire (sauf bien entendu en ce qui concerne sa conclusion). Sur une prod de Bugatti beatz, un long couplet, sans refrain, semble indicatif de la place de ce morceau dans la pilule rouge. Il s’agit bien là de son coeur : Tout y est poussé à l’extrême, la sobriété du dispositif, le flow, calculé, précis, les phases sont asséné, les unes après les autres, jusqu’à son terme, qui semble arriver bien trop vite. 36 secondes supplémentaire sont nécessaire à la fermeture du morceau.

L’essentiel, dans ce qui pourrait être un freestyle court, est bien son fil directeur. Gims s’adresse à un interlocuteur, lui dit que ce qui l’anime (et qui l’empêche de dormir jusqu’à la salvatrice prière du matin) est hors de l’imagination de celui-ci - Attitude passionnée s’il en est, qui se distingue d’autant plus de celle de son interlocuteur lorsqu’on fini par leur dire attirer par des futilités - Son travail passant avant sa famille, ses pleurs ne sont que pour la punition que Dieu semble lui avoir accordé en brûlant toutes ses vignes. Le terme de vigne est sans doute choisi pour évoquer un homme riche, propriétaire de terres arables - les vignes étant à la fois symbole de richesse dans l’antiquité gréco-romaine (mais aussi d’ivresse) mais également parmi les produits symbolique de la colonisation de l’Afrique (ce qui expliquerait le name-dropping suivant cette ligne, “Afrique est ouest bamako, ghorée”. Produit destiné à l’élaboration du vin, la destruction de ces vignes semble à la fois être celui de la décolonisation, mais aussi de l’essor de l’islam (l’exemple de l’Algérie étant très parlant à ce stade), opposé à la production et à la consommation de vin. La punition de “Dieu” envers cet homme futile et avare prend alors un sens nouveau.

Quoiqu’il en soit, les invectives à l’égard des individus constituant le “Eux” ou le “Ils” reprennent à nouveau du service, ici, gens de la first-class promis à un avenir funeste, avant-garde de la société est premier à mourir dans accident d’avion. On supposer sans trop de doute que le crash aérien est une métaphore destinée à parler de la fin des temps. Richesse et pêchés, puissance et pêchés, sont liés dans l’image que nous en donne Gims. Les dernières lignes sont les plus intéressante, avec l’évocation du prêtre Wesolowski accusé de pédophilie, qui pour esquiver la justice et la vérité, disparaît de la surface du globe, et avec cette phrase :

Ils sont tous coupables, mais reste à le prouver, ils ont baisé le monde et ensuite l'ont couvé
Les preuves contre eux sont introuvables comme les fiches de paye d'une prostituée

Evidemment, il ne s’agit pas seulement de pointer du doigt l’usage du “Ils”, ces mystérieux méchants de l’histoire ayant “baisé le monde” et la totale absence de preuve matérielle permettant de les mettre devant la justice, mais aussi le lien fait avec les vicissitude de la prostitution. Preuve = fiche de paye soit, “Ils” = Pute. La punchline est habile.

On en arrive à Sofitelo. Gims, backé par son frère Bedjik, nous sort un sons qui, encore une fois, rime avec les thématiques abordé principalement. Gims nous parle d’une chambre d’hôtel, d’un homme qui a les moyens d’avoir un certain niveau de vie, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais la première chose qui doit ici attirer notre attention, c’est bien le titre.

Sofitelo mélange allègrement deux terme, en premier lieu, “Sofitel”... Oui, c’est encore une référence à l’affaire DSK puisqu’il s’agit de la marque de l’hôtel dans lequel aurait eut lieu le viol de la femme de chambre Nafissatou Diallo. Ouais alors ça c’est probablement assez évident puisque c’est suggéré dans les paroles :


Le mini-bar laisse à désirer
Le room service va se rattraper


L’autre mot auquel fait référence le titre, c’est bien évidemment Othello. Il s’agit du nom du personnage principal d’une pièce éponyme écrite par Shakespear. Il est intéressant de noter qu’Othello est décrit comme un “Maure” (nom utilisé pour parler des musulmans ayant envahi l’espagne andalouse au VIIIème siècle) à la peau très bronzé, voir noir, et c’est là son principal trait distinctif. Le titre qu’on prête souvent à la pièce est “Othello, le Maure de Venise”. On est tout à fait en droit de se poser la question de ce que ça fout là. On l’a vu dans d’autres sons, Gims, malgré le luxe dans lequel il vit (et celui qu’il décrit dans Sofitelo, un luxe qui fait écho à la façon dont Venise était vu à l’époque d’Othello), est face au mur que lui oppose sa religion, et sa couleur de peau : Gims se représente ici comme “ce Maure noir à Venise”, bref, Gims = Othello.

A ce stade, plusieurs questions restent sans réponse. Ce choix semble en effet bizarre si on ne connaît pas la conclusion de la pièce de Shakespear. Petit extrait d’un résumé trouvable aisément sur wiki. J’ajoute qu’il n’est pas très important que vous connaissiez tous les personnages, l’important ici est de comprendre les motifs qui expliquent le choix de Gims :

Cassio est attaqué et blessé par Iago et Roderigo, mais ce dernier est lui-même gravement blessé. Alertés par les cris, Lodovico, Gratiano et Montano arrivent sur les lieux, Iago achève Roderigo afin qu'il ne puisse pas le dénoncer. Othello, pensant Cassio mort, décide de tuer sa femme. Il hésite, car il l'aime encore, et malgré les dénégations de sa femme devant ses accusations, il l'étouffe. Emilia le surprend alors qu'elle venait le prévenir de l'agression de Cassio, Othello lui dit qu'il l'a tuée parce qu'elle l'avait trompé, chose qu'il confirme devant les nobles attirés par le bruit, prenant comme preuve le mouchoir

C’est une hypothèse, mais tout les termes employés dans le couplet principal, les références à l’opération et aux films de Tarantino (connu pour être plutôt sanglant). Absolument tout laisse à penser qu’il y a eut là un meurtre - le meurtre d’une femme adultère. Pensez au deuxième couplet.

Vernis rouge, Valentino-tino (Tu connais les bails)

Rap Genius s’est totalement goinffré en supposant que le vernis rouge était celui des ongles d’une prostituée. A mon avis, il s’agit plutôt du sang de la victime, sur les doigts du meurtrier. Et là tout de suite, on comprend mieux pourquoi il accélère à la fin du couplet (600 chevaux !). Planifiant de retirer tout son fric avant de se barrer, cela explique pourquoi dans son “sac que des gros billets”. Peut-être même a-t-il changer de voiture en faisant appel à un service voiturier pour tracer les flics.

Je ne pense pas qu’il s’agisse là que d’une interprétation. Car les “cris” de la pièce, qui ne sont pas des cris d’amour mais des cris d’effrois, ont été poussé dans la chambre 209. Pourquoi, la chambre 209 ? Personne n’a répondu à cette énigme. Voici la chambre 209, et voici les cris :



De là, difficile de dire si, comme le fantôme de la chambre 209, Gims a réussi à s’enfuir. Mais tout prend son sens alors : la référence à la trahison qu’a subit Othello, la fuite. Bien sûr, et c’est ce que je veux amener, Sofitel fait moins référence à l’affaire DSK qu’au luxe... le Sofitel, c’est Venise. Peut-être qu’en fin de compte, ce qui aurait dû attirer notre attention n’est pas tant le “room service” plutôt que le mini-bar. Ce “bail d’alcoolo”, laissant peut-être entendre que le tueur avait besoin d’un remontant avant le meurtre. A moins qu’il n’ait vidé le mini-bar pour y cacher le corps, mais là je dois avouer que c’est une hypothèse.

Gims s’est exprimé à plusieurs reprise sur ce morceau. Pour lui, c’était la parfaite représentation de ce qu’il nommait “sons de rap moderne”. Une sorte de flow trap haché, qui ne lui permet pas de dire beaucoup, et dont la pauvreté du rythme avait plutôt tendance à l’exaspérer. Ce qu’on constate (il le disait à une interview à Fif début 2016) (à 2:20).



“les roi du peura aujourd’hui c’est la trap” (...) “Au niveau des textes, c’est zéro”, dit-il avec amertume. Conscient que l’expression ne prend pas, ne peut pas prendre la même forme vu le peu d’espace dont il dispose pour tout dire. Le son est habile, puisque sous le vernis d’un texte “super pauvre”, juste d’une “ambiance”, il a un véritable propos... De loin, pas le plus simple à comprendre. Et pourtant, si Sofitelo est boudé par les auditeurs, il n’est pas sans importance sur la discographie de Gims, puisque, de ce constat qu’il était possible de continuer à maintenir du propos sur un flow trap, deux autres tentatives verront le jour, deux tentatives un peu raté hélas, à savoir “150” et “Paname”, deux morceaux de la réédition qui tente le même délire, et se vautreront de manière assez lamentable. Ce qui, a raison, nous fera douter sur les capacité de Gims a bien toujours détourner les codes

A ces côtés, ”Mayweather”, apparaît comme clairement plus léger. Référence au boxeur noir aux diverse victoire et aux zéro défaite, ça mange pas de pain. Difficile d’analyser tout ce qui est dit ici - d’autant qu’on est un peu sortit du délire de “Djuna family”, projet qui aurait dû voir Djelass, Saty, Bedjik, Dadju, X-gangs et Gims concrétiser un projet ensemble. Plusieurs sons quasi-terminé avait été leaké dans ce sens, outre “Zoum Zoum”, je me permet de vous les poster ici, avec une vidéo de la session studio :







Le projet a sans doute dû être abandonné, vu l’envol solo de Dadju et la disparition quasi totale des autres membres excepté Bedjik, qui apparaît parfois ici et là (je préfère même plus entendre parler de X-gangs et de son dernier clip horrible sur daymolition), mais je m’éloigne. Retournons à Mayweather : L’idée du morceau était vraiment de placer tous ses frères, comme une sorte de Sexion de substitution - il faut bien comprendre qu’aux environ 2015, seul Gims et Black M avait donné signe de vie, Maska ayant disparu. Gims, voulant toujours avoir un tour d’avance, cherchait à se détacher petit à petit de la sturcture du Wati B pour former un groupe musical solide au sein de Monstre Marin Corporation (auquel il est fait référence dans le morceau sous la forme du navire “Black Pearl”).

Le morceau n’est pas mauvais en soi, mais chaque frère part sur un freestyle sur un sujet sensiblement différent, en restant calé sur de l’égotrip. Le couplet de Gims est davantage un couplet technique qu’un réel alignement d’image, on a vu la petite opposition whenzou/wenge, la petite référence à la préfécture de Bobigny (référence au morceau “L’arrière-plan”), oui, pourquoi pas. Rien qui ne suppose une explication plus profonde à mon avis puisque le morceau a surtout une “fonction”. Et cette fonction est celle de placer ses frères sur la pilule rouge, pour montrer leur polyvalence en tant que Sexion de substitution.

On en arrive au dernier morceau de la version que j’ai eut, “Le Barillet”. On pourrait être tenté que de ne voir là-dedans qu’un alignement de références peu discrète (à “Parigo” dans l’entrée du morceau), mais à mon avis, le morceau est, en soi, parfait, mais avant tout à titre technique. En effet, à chaque deux ligne, on peut trouver des assonances, inspiré ou non, dont le rythme asséné n’est pas sans rappeler celui d’échanges de coups de feu. Plusieurs autres terme font référence à ces échange de coup de feu (ouais y a du buisness d’arme, les p’tit t’allume en bécane - une phrase qui n’est pas sans rappeler les deux tueurs en moto cher aux texte de Fall, hypothèse).

Toute la question est de comprendre ce que symbolise le Barillet du pistolet. “T’es dans le barilet”, dit-il en s’adressant à des jeunes parisiens pris dans les dangers de la capitale. Chacun pouvant partir vite et s’écraser, la question va être de savoir duquel il va s’agir. Ces jeunes sont donc les balles, le barillet le destin. De là à dire que c’est Gims qui presse la détente, ce n’est qu’une hypothèse. Mieux vaut “faire feu” que de se laisser tirer dessus, mieux vaut être maître de son destin qu’une balle, aveugle comme seul un objet de mort peut l’être. Les coups de basses qu’on entend ne sont pas sans rappeler les coups de semonce d’un revolver - ce qui ferait alors référence au morceau “22h45”. 22h45, qui tenait d’ailleurs le même style de discours, souvenez-vous :

22h45, tu vas t'coucher t'es sincère ?
Alors qu'dehors ça s'tape et les p'tits prennent tous des d500
On trouve de l'alcool dans l'sang, des individus dans l'son
Les keufs sont devenus scred y viennent p'us par derrière mais d'en dessous


Le morceau en lui-même, les confusions entre métaphore, arme et individu, est un exercice dont Gims est d’ailleurs coutumier dans le Renouveau (“le monde à l’envers”, “Parce que souvent”… etc.). Nul doute sur le fait que ce morceau est lourdement référencé.

Dans ce son, même les dédicaces font sens. Comme à la fin d’un morceau de la Terre du Milieu, ou à la fin de plusieurs des premières mixtape et street album.

Spoiler:
On pourrait aussi partir dans une toute autre interprétation de ce final : Gims, n’est fort que parce qu’il est armé, et de son revolver se trouve un grand nombre de balle, qui serait du coup ses collègue de la Sexion et la Djuna family. Mais je suis peu partisan de cette vision ultra-égocentrique que Gims aurait de lui-même, même si effectivement, son succès est en grande partie dû au travail de la Sexion et que, sans, il serait comme désarmé.

Conclusion

Large sujet que la pilule rouge. Ce qu’on peut néanmoins constater, c’est que, par le biais des postulats sur lesquels repose la métaphore de la pilule rouge elle-même, découle une structure qui va influencer de manière générale tout le propos de l’album. Que mettre ainsi en évidence la nature première, rap, de Gims, lui a permis de diffuser une forme de rap à l’écriture plutôt complexe, recherchée, brassant plusieurs thématique, des plus politiques au plus terre-à-terre - j’entend par là, nous faire réfléchir sur l’industrie du disque et sur son évolution, sur l’autocensure qui règne dans certaine strate du succès. La pilule rouge est une oeuvre cryptique, car déclarer tout de go tout ce qui a pu être dit là-dedans sur la religion, les rapports homme-femme, les complots, la nature des puissants, ne pourrait être qu’ostracisé. Á l’occasion, allez écouter le projet de Freeze Corleone, “F.F.O”, sorti lui aussi en 2015.

Analyse - Pourquoi la Pilule rouge est un modèle Https%3A%2F%2Fimages.genius.com%2F8728228d3afda967eb37c73cdd253133.1000x1000x1

Au-delà du style personnel du gars et son rapport avec la paranoïa et le complot, on ne peut que voir des similitudes avec la pilule rouge sur de nombreux point. Il s’agit là d’un risque absolu et total, que Gims a tenté, et qui a été plus ou moins ignoré un peu partout. Rendons à césar ce qui est césar, et à ce projet ce qui lui appartient.

La façon dont il l’a construite en a fait un modèle reproductible, puisque toute son efficacité réside simplement dans sa formule. Il aurait pu sortir des tonnes de projet sur ce modèle, et ce afin de conserver tous ces publics, et donner tort à ceux qui peuvent penser que Gims n’est plus qu’un artiste de variété. Hélas, ce n’est pas ce qui s’est passé. Attiré par le succès et le départ de sa structure d’origine, il réalisera une “Ceinture Noire”, sorte de playlist géante, dans laquelle quelques morceaux auront bien tenté de reproduire cet effet. Des morceaux, perdu au milieu de plein de morceaux sans aucun rapport. Contre une structure plus linéaire d’un album opposant rap et chant, Gims a ainsi préféré faire exploser les règles pour nous donner une compil’ géante, dans laquelle aucune dualité (telle celle du bleu et du rouge) ne peuvent avoir lieu, et à posteriori, aucun recul pris par Gims par rapport à son art.

Cette critique commençait à prendre la poussière, je l’avais oublié. A l’occasion de la sortie, dans deux semaine, de la réédition de la Ceinture Noire, “Transcendance”, il m’a semblé nécessaire d’expliquer les qualités intrinsèque des 11 morceaux que je considère à titre personnel comme la production la plus intelligente de toute la carrière de Maître Gims. Et peut-être, pour encore longtemps.


le 09.04.2019

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